11/17/2014 Métro (French)

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Le Soudan du Sud était à peine né que, déjà, des vautours lui tournaient autour, illustre le dernier documentaire d’Hubert Sauper, We Come as Friends. Cette plongée dans les viscères du colonialisme moderne montre que les charognards qui sévissent en Afrique sont parfois, encore, plus Blancs que Noirs. Métro a parlé au réalisateur avant son passage à Montréal.

Le Soudan du Sud a voté son indépendance en 2011, devenant le plus jeune pays du monde. Est-ce cet événement que vous vouliez documenter au début du projet?
À la base, je voulais faire un film sur les nouveaux visages du colonialisme en Afrique. Mon film se déroule au Soudan, mais il fait écho aux nouveaux impérialismes qui se mettent en place partout en Afrique. L’histoire se répète, sauf que les acteurs sont différents: les intérêts économiques chinois côtoient maintenant les intérêts économiques occidentaux, mais les conséquences sont les mêmes. L’exploitation des richesses du continent par des puissances étrangères se perpétue, tout comme la misère des peuples qui occupent le territoire.

«Savais-tu que la lune appartient aux Blancs?»: c’est par cette question que le film s’ouvre et se termine. Dans quel contexte a-t-elle été prononcée?
C’était un Soudanais qui expliquait ce qu’est le colonialisme aux gens de son village. Il disait que les Blancs étaient venus d’Europe avec des armes, qu’ils avaient dessiné des frontières partout sur l’Afrique, qu’ils avaient morcellé le continent. Puis, il a mentionné que les Blancs étaient aussi allés sur la lune pour y planter leur drapeau. Pour lui, notre civilisation s’était tout approprié. Même la lune…


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Vous avez construit par vous-même un petit avion pour ce film. Pourquoi vous être donné tout ce mal?
Nous ne pouvions pas arriver simplement à la porte des raffineries de pétrole et filmer: la sécurité y est extrêmement présente, et tout aussi stricte. J’ai donc compris qu’il fallait littéralement tomber du ciel pour pouvoir obtenir des images des compagnies pétrolières qui exploitent les gisements du pays. Mon équipe et moi avons décidé de construire l’avion pour les objectifs du tournage.


Soudan


Mais l’avion permettait également d’entrer en contact avec les gens là-bas, parce qu’il ne suffit pas de s’intéresser aux gens avec une caméra pour qu’ils s’intéressent à vous en retour. En arrivant avec cet avion un peu ridicule qui amusait tout le monde, j’établissais d’emblée un contact privilégié avec les communautés. Nous étions vraiment comme des clowns du ciel. Aussi, lorsque j’arrivais, j’avais l’air inoffensif. Lorsque l’ONU débarque dans un village avec un hélicoptère qui fait beaucoup de bruit et de vent, l’image que l’ONU donne, c’est qu’elle est la maîtresse du monde.